Voyages

Mon ouverture sur le monde des autres

Train Edmonton Vancouver

Tout ce petit monde, que personne ne connait vraiment et que tout le monde connait, ou finit par connaitre. Comme dans une partie de Cluedo, l’impression de se retrouver dans un huit-clos, où tous les personnages sont connus dès le début, présenté en moins de 5 min et qu’il vous reste tout le film pour découvrir quelle est l’histoire de chacun. Ou plutôt entendre chaque histoire que chacun s’invente auprès de tous.


A chaque voyage une nouvelle histoire. Vous pouvez devenir au choix schizophrène ou psychologue.
A chaque stop, de nouvelles têtes arrivent, mais trop peu pour que cela bouleverse l’équilibre interne du train et de ses wagons. Espaces restreints, ambiance feutrée, où la découverte du voyage et des paysages se mêlent à la découverte de l’autre et de son histoire, de ses choix et de ce qui l’amène là. A chacun son parcours, à chacun son destin.

Mélange de sympathie et d’égoïsme ou chacun cherche le contact de l’autre pour partager, pour échanger une dose d’humain mais uniquement superficielle : le temps, le retard, la qualité des repas, ce qu’il faut voir dans tel coin du pays, de tel autre pays… Les relations sont à court termes : à la fin du voyage ce sera terminé et tout le monde partira vers sa suite. Comme si de rien n’était. Comme si les « il faudra que tu m’envoies ça », « il faut que tu prennes mon mail », n’avaient jamais été échangés. Mais ce sont les règles tacites du jeu.
Chacun veille sur les affaires des autres, sans aucun soucis. Sans aucune crainte, aucune arrière pensée. Nous jouons ici à un jeu dont toutes les règles sont tacites, et où vous avez le choix de ne pas jouer dès le début. Le choix de participer ou non se fait lors de votre montée dans le train, durant vos 5 premières minutes, en fonction aussi de la place que vous choisissez…

La petite grand-mère aux cheveux oranges, le couple avec le jeune enfant, la jeune chilienne en PVT, le Papy avec sa casquette, le grand-père avec le chat et sa prothèse de bras, je sais déjà que je ne vous le dirai pas, mais pourtant je sens déjà au fond de moi, que je me rappellerai longtemps de vous.

A force de discuter avec chacun d’entre eux, je me rends compte qu’il n’y a pas de moment parfait dans la vie pour voyager, de « bon timing ». Il y a juste besoin d’en avoir envie, d’en ressentir le besoin. Si cette flamme est là alors tout est possible.

Sans aucune hésitation à l’avenir je choisirai le train à l’avion, moyen de transport anonyme, aristocratique où les gens ne se côtoient pas mais se jaugent, se pressent à la douane, à l’enregistrement, à l’embarquement, à manger, à récupérer leurs bagages… Alors que je vous écris en faisant des pauses régulières pour discuter avec ma voisine de couloir qui ne comprend toujours pas comment je peux faire pour saisir au clavier du texte tout en regardant par la fenêtre les montagnes disparaitre, les cascades se succéder, la brume ne pas se dissiper et cette ambiance automnale s’installer. Tout en sirotant mon énième thé, bien au chaud dans mon super plaid… Elle est pas belle la vie ?

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